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Abstract

Dans quelle mesure peut-on envisager la ‘tradition’ orale, sous l’angle de la translatio, non comme source originelle, mais facteur de prolifération, non comme matrice de signes et de sens, mais point d’indétermination où il est un peu fastidieux de démêler perspectives artistiques et approches historiographiques, d’activer un jeu de distinctions entre ce qui relève de la « pièce historique » et de la « thèse d’histoire » ? Les deux niveaux identifiés dans le processus d’adaptation littéraire, à savoir le performanciel et l’infra-discursif, permettent de suivre le cours d’une traversée des signes où les modalités de l’énonciation et la transvaluation des codes (discursifs, narratifs, esthétiques) jouent un rôle de premier plan. En va-t-il tout autrement, dans le cas d’une œuvre filmique ? Comme on va le voir avec Keïta ! L’héritage du griot (1994) de Dani Kouyaté, au cinéma la logique du transfert intermédial ne saurait se soustraire aux exigences du dispositif de mise en images. En tirant argument de certains travaux sur le reformatage et la « réutilisation » des codes, ainsi que sur la « relève » du support technique, on s’efforcera de montrer dans cette étude que la réappropriation de la voix du griot, telle qu’elle est à l’œuvre dans ce film, est fortement tributaire d’une forme orale de littérarité, d’où la récurrence d’une structure en abyme, sur laquelle insiste particulièrement Valérie Thiers-Thiam dans À Chacun son griot.


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